Marana tha! Notre Seigneur, viens!

Le 4e dimanche avant Noël, commence le temps de l’avent. Temps d’attente, temps de joie, qu’est-ce que ce temps liturgique?

En se fiant aux sonorités de notre belle langue française, on pourrait croire que le mot avent vient de la préposition avant. Il aurait été ainsi baptisé parce qu’il se déroule avant Noël. Mais il n’en est rien. Le temps de l’avent tire son nom du latin adventus qui signifie l’arrivée, l’avènement du Messie. Le sens de l’avent, c’est donc d’attendre cette arrivée, ou plutôt ces arrivées.

Car en effet, si l’avent est d’abord tourné vers la fête de Noël, où nous célébrons le premier avènement du Fils de Dieu parmi les hommes, il nous oriente aussi vers l’attente du second avènement du Christ, à la fin des temps. Entre ces deux venues se déploie toute notre vie chrétienne et les quatre semaines du premier temps de l’année liturgique en sont le signe. Elles nous rappellent que la finalité de notre vie est d’être rendus participants de la nature divine (Cf. 2e Epître de saint Pierre, chapitre 1, verset 4): parce que nous sommes faits pour Dieu, notre vie sur la terre devient un chemin vers Lui. Saint Augustin l’a magnifiquement exprimé dans ses Confessions: «Tu nous as faits pour toi Seigneur et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi.» (Saint Augustin, Confessions, Livre I, I, 1.)

Désirer demeurer auprès de Dieu

L’attente chrétienne est donc d’abord l’expression du désir de demeurer auprès du Seigneur. C’est ce désir qui a poussé les apôtres à tout quitter pour suivre Jésus, ce Messie qu’ils attendaient (Cf. Jean chapitre 1, versets 40-41). C’est ce désir qui a ouvert les bras de Marie-Madeleine pour enserrer le Christ ressuscité au matin de Pâques (Cf. Jean chapitre 20, versets 16-17). C’est ce désir qui a mis ces paroles sur les lèvres des disciples d’Emmaüs: Reste avec nous! (Cf. Luc chapitre 24, verset 29). Ce même désir, suscité par l’Esprit saint au cœur de tous les disciples de ce temps, nous fait hâter le second avènement du Christ pour demeurer définitivement en lui. Le bienheureux abbé Aereld de Rievaulx, cistercien du XIIe siècle, le prêchait à ses frères: «Pensons à tout le bien qu’accomplit pour nous le Seigneur en sa première venue: combien plus encore n’en accomplira-t-il pas lorsqu’il reviendra! Cette pensée nous fera aimer davantage sa venue passée et davantage désirer son retour.» (Bienheureux Aelred de Rievaulx, Sermon I sur la venue du Seigneur, PL 195, col. 209-220: 42-44)

L'attente: un combat spirituel

Mais dans la vie d’un chrétien, il peut arriver que le désir et l’amour s’assèchent. Pour qui l’attente n’a-t-elle jamais été associée à l’ennui, voire à l’endormissement? C’est ce qui arrive d’ailleurs aux jeunes filles qui attendent l’époux dans la parabole racontée par Jésus (Cf. Matthieu chapitre 25, versets 1-13). L’attente peut aussi évoquer le découragement et l’abandon. Elle est donc aussi de l’ordre du combat spirituel. Et pour nous fortifier dans ce combat, les Evangiles des dimanches du temps de l’avent nous présentent Jean le baptiste et Marie qui ont incarné d’une manière toute particulière l’attente du peuple d’Israël et l’écoute de la Parole de Dieu.

Leur joie d’avoir vu le Christ Messie nous rappelle aussi que l’avent est un temps de joie pour toute l’Eglise! Joie d’un Dieu qui se fait l’un de nous par amour, «grande joie pour tout le peuple» annoncée aux bergers (Luc chapitre 2, verset 10). Joie d’un Dieu qui nous a faits pour vivre de sa Vie, joie émerveillée de l’homme qui en prend conscience et s’étonne de l’amour de Dieu avec les mots du psalmiste: «Je reconnais devant Toi le prodige, l’être étonnant que je suis; étonnantes sont tes œuvres, Seigneur, toute mon âme le sait.» (Psaume 138, 14

Joie d’attendre et d’appeler l’avènement du Christ dans la gloire: Marana tha!

Claudien Chevrolet, responsable du Service de la formation (AFP)

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