La Miséricorde dans les Ecritures

L’être humain est toujours tenté de se faire un Dieu à son image. Or, c’est lui qui est à l’image de Dieu, de ce Dieu qui s’est révélé progressivement au cours de l’histoire du salut, jusqu’à sa pleine manifestation en Jésus Christ.

               


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Le mystère pascal est l’expression ultime de la Miséricorde divine – peinture Berna (evangile-et-peinture.org)

La miséricorde, pour nous, est synonyme de pardon ou de pitié. Dans l’Ancien Testament, les deux principaux termes hébreux traduits par miséricorde sont rahamim et hèsèd. Pour le peuple d’Israël, l’expérience de la miséricorde divine est celle d’un amour fidèle (hèsèd) et d’une compassion active (rahamim). Les entrailles (rahamim) qui frémissent traduisent l’attachement d’une personne à un proche (ex. Genèse 43, 30: Joseph pour Benjamin; 1 Rois 3, 26: l’amour d’une mère pour son enfant). Ce vocabulaire (substantif ou verbe) est utilisé pour caractériser le lien indéfectible du Seigneur à son peuple (ex. Psaume 25, 6; Isaïe 63, 7 et 15).

Quant au terme hèsèd, il exprime la fidélité de Dieu et son secours offert pour arracher son peuple ou l’un de ses serviteurs au danger (ex. Psaume 86, 13-17), à l’oppression (ex. 44, 27) ou au péché (voir Exode 34, 6-7). Quels que soient les errements d’Israël, le Seigneur continue d’agir en sa faveur, fidèle à ses promesses. Les châtiments dont il est souvent question dans l’Ancien Testament soulignent les effets désastreux du péché (voir Jérémie 2, 19).
Comme le rappelle le prophète Osée, la miséricorde est au cœur de l’alliance entre Dieu et Israël: «Je te fiancerai à moi pour toujours, (…) dans la justice et dans le droit, dans la tendresse (hèsèd) et la miséricorde (rahamim).» (Osée 2, 21)
Dans les Ecritures, la miséricorde correspond au mouvement de Dieu qui vient sauver son peuple et l’humanité. Elle se dessine dès les premiers chapitres de la Genèse. Alors que l’acte posé par Adam et Eve marque une rupture par rapport à Dieu et suscite en eux un sentiment de malaise (cf. Genèse 3, 6-8), le Seigneur prend l’initiative de se rapprocher d’eux. «Où es-tu donc?» (3, 9): Cette question traduit la quête de Dieu, son désir de rencontrer l’homme, même si celui-ci est enfermé dans ses peurs et ses fausses croyances (cf. 3, 10). Dans le dialogue qui suit (v. 11-19), le Seigneur ne cache pas les conséquences des actes posés, mais il n’abandonne pas Adam et Eve à leur sort. Le v. 21 est très significatif à ce propos: Dieu leur fait des tuniques de peau pour les en couvrir.

Dans l’histoire d’Israël, la manifestation par excellence de la miséricorde divine est la libération d’Egypte: Dieu voit la misère de son peuple et descend pour le délivrer (cf. Exode 3, 7-8). Par l’intermédiaire de Moïse, il le conduit d’une terre de larmes à une terre de délices, d’une vie appauvrie, misérable à une vie en abondance (cf. 3, 16-17; Psaume 136, 10s.).
Cette réalité trouve son plein accomplissement dans la venue du Messie, puissance de salut, comme le proclame Zacharie dans son cantique: «Grâce aux sentiments (littéralement, aux entrailles) de miséricorde de notre Dieu, dans lesquels nous a visités l'Astre d'en haut, pour illuminer ceux qui demeurent dans les ténèbres et l'ombre de la mort» (Luc 1, 78-79). Durant son ministère, Jésus rappelle l’enseignement des prophètes: «C'est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice.» (Matthieu 9, 13, citation d’Osée 6,6). Il invite ses disciples à être miséricordieux à l’image du Père (cf. Luc 6, 36). Le mystère pascal sera l’expression ultime de la miséricorde divine. L’arbre de la croix produit un fruit impérissable: «« Si donc quelqu'un est dans le Christ, c'est une création nouvelle: l'être ancien a disparu, un être nouveau est là. Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ» (2 Corinthiens 5, 17-18). C’est pourquoi, les baptisés peuvent laisser éclater cette louange: «Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ: dans sa grande miséricorde, il nous a engendrés de nouveau par la Résurrection de Jésus Christ d'entre les morts, pour une vivante espérance» (1 Pierre 1, 3). Et le Psaume 136 ajouterait: «car éternel est son amour.»

Barbara Francey