«La terre source de vie, pas de profit!»

«La terre source de vie, pas de profit», tel est le thème de la campagne œcuménique 2017 de l’Action de Carême, Pain pour le Prochain et Être partenaire.

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L’Africanum a accueilli une trentaine de personnes pour la séance de lancement de la campagne œcuménique 2017. La soirée a été préparée par les Églises fribourgeoises catholique et réformée de Fribourg grâce à la collaboration de Melchior Kanyamibwa, nouveau délégué à la Mission pour le canton de Fribourg et du pasteur Martin Burkard, responsable de la solidarité au sein de l’Église réformée.

La campagne de carême 2017 vise à sensibiliser sur un nouveau phénomène qui compromet la sécurité alimentaire de millions de personnes: la vente et la location de vastes terrains à des états étrangers ou à des investisseurs. L’accaparement de terres est une problématique affectant de vastes surfaces de terrain partout dans le monde, surtout en Afrique et en Asie. Près de 43 à 200 millions d’hectares, depuis 2007, ont été vendues ou louées à des gouvernements étrangers, des acteurs de la finance, des multinationales ou des particuliers, pour y cultiver de manière industrielle et extensive de la nourriture, des aliments destinés aux animaux, des matières premières végétales, des agro-carburants ou encore à des fins purement spéculatives. Adaptée à son environnement, l’agriculture paysanne se retrouve poussée dans ses retranchements par une industrie agricole qui considère la terre comme une marchandise et comme un moyen de vite gagner beaucoup d’argent. Or ce modèle a déjà coûté leur base de subsistance à des millions d’individus.
Parmi les problèmes observés sur le terrain qui appauvrissent les sols, il y a la forte pression des cultivateurs qui augmentent leur zone de production et exploitent les réserves en eau, l’appauvrissement des sols dû aux pollutions, au plastique, aux engrais, aux produits phytosanitaires et la surexploitation. De plus, il n’y a plus de rotation de culture ou de jachère. Un nouveau problème est l’utilisation des désherbants en lieu et place de la préparation traditionnelle des terrains.
La campagne dénonce premièrement, l’accaparement des terres: priver quelqu’un de sa terre, source alimentation et revenu, pour faire de la monoculture et davantage de profit; puis, l’accaparement de l’esprit: tromper, manipuler.
Enfin, la campagne présente le sujet délicat de l’aide. Comment aider de manière éthique pour arriver à un partenariat, à une réciprocité?

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Melchior Kanyamibwa et Martin Burkard

Élément terre mon cher Watson

Un jeu appelé «Élément terre mon cher Watson», développé par Frères des Hommes, une association de solidarité internationale,  a permis de découvrir la problématique de l’accaparement des terres dans le monde, d’expérimenter des situations réelles d’injustice ou d’opportunités et de prendre conscience qu’il existe des alternatives à l’accaparement des terres.
Après la projection du film de campagne «Terres volées» par Dorothée Thévenaz Gygax, responsable de la formation à l’Action de Carême, et Pierre-Gilles Sthioul, responsable de la campagne au sein de Pain pour le Prochain, la parole a été donnée à deux invités Agnès et Patrick Thuégaz, éducateurs spécialisés et anciens envoyés DM-échange et mission au Cameroun. Ce couple a captivé l’attention des participants par leur apport théologique, témoignage et discussion autour du lien à la terre. Pour les deux témoins, être envoyés est synonyme d’ouverture, de dépouillement, de prise de risque. «C’est un acte de confiance, d’ouverture et de soif de rencontrer l’autre différent. Cette démarche demande de se recentrer sur l’essentiel, de la souplesse et une capacité d’adaptation. Une fois sur le terrain de la mission, il s’agit non pas de faire, mais d’être, d’accepter de se laisser accueillir, d’aider, d’apprendre de l’autre et de vaincre la tentation de vouloir donner des leçons. Un défi de tous les jours est de ne pas imposer aux autres ce que nous croyons juste. Aider est délicat il faut ni se détourner, ni faire à la place de. Nous devons apprendre à vivre ensemble sur une même terre pour le bien de tous.»

Conversion du regard et du cœur

Le lien est clair avec le sens du carême qui demande un renouvellement de nos relations à nous-mêmes, à l’autre, à la terre, à Dieu. Cela nécessite cohérence, prise de conscience, dialogue, échange, écoute en communauté, ouverture à une problématique, don de son temps, de son argent. Être capable, chacun là où nous sommes, d’un léger déplacement pour voir les choses autrement. Nous sommes appelés à convertir notre regard et notre cœur.
Ce déséquilibre devenu institutionnel, où certains s’enrichissent au détriment d’autres qui s’appauvrissent, met en danger l’ensemble de la terre. Se battre pour la richesse du sol et la diversité garantit la richesse d’une vie possible pour tous et implique des choix courageux, des prises de risque à contrecourant dont les fruits ne seront pas immédiats.

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Photos Père Maillard


Sur le site de la campagne de carême 2017 (https://voir-et-agir.ch/) vous trouverez toutes les informations nécessaires:

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Patrick et Agnès Thuégaz