Animation liturgique chance et défis

«Le chant n’est pas la seule dimension de la liturgie, mais il est important notamment pour l’évangélisation et pour inviter les personnes à participer à nos célébrations», a relevé l’abbé Jean Glasson lors du Conseil pastoral cantonal. Ses membres étaient réunis en assemblée d’automne le 27 septembre 2018 à Fribourg.

Les orientations pastorales reçues par notre évêque, Mgr Charles Morerod, nous interpellent sur la beauté de nos célébrations. C’est la raison pour laquelle, l’abbé Jean Glasson, vicaire épiscopal pour la partie francophone a demandé aux délégués du Conseil pastoral de réfléchir à l’animation musicale de nos liturgies. Ils devaient se faire l’écho de ce qui est vécu dans les différentes régions du canton. «Il faut faire le point de la situation, voir ce qui va bien et oser aborder les problèmes», insiste l’abbé Glasson.

Première constatation, les chœurs de notre canton sont une chance et une richesse. Fribourg est un peuple de chanteurs, les chorales sont encore nombreuses, de bonne qualité et leur répertoire est varié. Il a également été constaté qu’au sein des chœurs se vit une vraie fraternité. «Lors d’enterrement les chorales sont un véritable soutien, non seulement pour les fidèles, mais aussi pour le prêtre, car devant une assemblée qui pratique de moins en moins, les membres de la chorale sont souvent les seuls à répondre au prêtre.»
Cependant, il est vrai que le vieillissement de ces membres se fait sentir et que la relève devient difficile. «Chez nous la moyenne d’âge est de 80 ans.» remarque un délégué. «Chez nous il manque d’hommes dans le chœur», constate une autre déléguée.

Deuxièmement, les membres du Conseil pastoral relèvent des attitudes contradictoires. Il y a 30 ans, la chorale chantait à toutes les messes. Or, aujourd’hui, avec la diminution des messes dans certaines unités pastorales, les choristes n’animent la messe qu’une à deux fois par mois. Ils ont peur de ne plus servir à rien. «Plus les messes basses sont fréquentes, plus les chorales s’étiolent.» A contrario, certains chœurs mixtes ne sont pas toujours présents, ils n’animent plus toutes les célébrations. Par conséquent, les équipes pastorales ont dû mettre sur pied le rôle d’animateur liturgique. Un autre souci des équipes pastorales est la période de l’été lorsque les chœurs sont en congé. «Les prêtres remplaçants qui sont souvent des étrangers se retrouvent seuls pour animer les messes.»
Un délégué d’une paroisse intercantonale informe que les paroisses vaudoises paient un organiste à chaque célébration. «Lorsque l’organiste est là, les assemblées chantent plus. Il faudrait qu’il y ait un organiste à chaque messe, même celles qui ne sont pas animées par la chorale.»

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Les fêtes, occasion de collaboration

«Lors de grandes occasions, les chorales se sentent investies du devoir d’offrir leur plus beau répertoire, mais ce répertoire ne parle pas ou plus aux gens qui participent aux célébrations. Il n’y a pas seulement le latin, mais parfois aussi le patois et l’anglais qui ne sont pas compris.» Les délégués soulignent que les grandes cérémonies, fêtes, premières communions ou confirmations sont souvent l’occasion de se mettre ensemble et d’œuvrer à une plus importante collaboration entre les différents chœurs d’une unité pastorale ou entre la chorale et les confirmands. «Lorsque les trois chorales se réunissent, tout le monde chante. Les chœurs se déplacent volontiers d’un lieu à un autre. La collaboration entre les chœurs est bonne et le nouveau directeur est ouvert à un programme approprié aux situations.» Évidemment, il y a des résistances, il est parfois compliqué de se comprendre. «Il y a encore trop l’esprit de clocher.»
«Dans le monde d’aujourd’hui, ce sont les spectateurs qui s’adaptent aux chanteurs. Dans notre réalité pastorale, nous n’avons pas un public qui est acquis. La diversité musicale est vaste: grégorien, polyphonie, chant noté de l’assemblée, chants charismatiques, rock chrétien… Comment s’adapter aux différentes réalités entre les fidèles qui désirent participer en chantant et les choristes qui souhaitent faire de la grande musique?»

Dans plusieurs unités pastorales, divers modèles de célébrations se côtoient: chœur mixte, quatuor, chorale africaine, chœur d’enfants... «Les eucharisties festives initiatives de quelques familles fonctionnent avec une chorale intergénérationnelle spontanée. Environ 2 heures avant la messe, les chanteurs et les musiciens se retrouvent pour répéter des chants style Paray-le-Monial», explique un délégué. «Chez nous un petit groupe de 4 personnes animent les messes. Ils chantent essentiellement du André Gouze. Ce qui est frappant c’est que nous remarquons que lorsqu’ils chantent, ils prient.»
«Dans notre unité pastorale, nous avons pris des options. Le chœur des enfants anime les messes des familles, le chœur mixte prend en charge les fêtes notamment la patronale, pour la rentrée tous les chœurs se mettent ensemble et un chœur des enterrements a été créé.»

En matière d’animation liturgique, le canton compte une pléthore d’initiatives. Une catéchiste a mis en place une chorale du caté, les enfants du catéchisme se retrouvent toutes les semaines pour une demi-heure de répétition. Dans une paroisse, un groupe de musiciens jouent avec un chœur ad hoc d’enfants.
De bons directeurs de chœurs
Les délégués relèvent la difficulté de trouver de bons directeurs de chœur. «Les directeurs sont en général très bien formés sur le plan musical, mais très peu en liturgie.» Or le directeur du chœur joue un rôle important tant au niveau musical que liturgique. «Il faut catéchiser les directeurs et les membres des céciliennes, leur redire leur rôle et leur place dans la liturgie. Pourquoi ne pas introduire au début de la répétition de la chorale un petit temps de prière. Si les chanteurs sont là pour le plaisir de chanter et de se rencontrer, ils chantent avant tout pour la gloire de Dieu.»
De manière générale, les délégués s’aperçoivent que les fidèles ont de la peine à chanter, même si ce sont des chants connus, s’il n’y a pas un animateur musical pour l’assemblée. «Lorsque le directeur est en bas dans la nef et qu’il peut faire le lien avec la tribune, l’assemblée chante davantage.»

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Quelle musique pour quelle situation?

Le répertoire des chœurs pose aussi questions. «Il faut avoir le souci de la qualité des chants en termes de paroles et de musique. Après le Concile Vatican II, nous avons composé rapidement des chants pour la nouvelle forme liturgique et certains ne sont pas satisfaisants.» Pour certaines célébrations, notamment baptême, mariage et enterrement, les gens arrivent avec un CD et un choix musical. «Souvent ces musiques ne vont pas dans la liturgie. Quelles musiques enregistrées peut-on accepter? À quel moment dans la liturgie?»
«Dans notre unité pastorale, nous avons une commission musicale. Pourquoi ne pas créer un groupe liturgique cantonal qui ferait des propositions de chants? Quelle place veut-on réserver au peuple de Dieu dans nos célébrations?»
Les attentes ne sont pas les mêmes du côté des curés, des directeurs, des chorales et des fidèles, observe le conseil pastoral. «Il faut essayer de créer un dialogue constructif?»
À la fin de la séance, l’abbé Glasson souligne la richesse de ce qui a été partagé. «Le comité du Groupement des associations des céciliennes (GAC) a pris conscience de l'importance de cette question. Ils vont organiser prochainement des assises qui réuniront des représentants de la pastorale et des chœurs, ainsi que des musiciens et compositeurs, pour approfondir ces thématiques et prendre les bonnes décisions pour l'avenir. Un questionnaire est en cours d’élaboration pour définir ce que nous attendons des assises. Les conclusions de ces assises seront soumises à l’évêque afin qu’il puisse nous donner des orientations pour le canton.»
Le chant et la musique au sein de nos liturgies, un sujet qui n’a pas fini de faire couler de l’encre.

Véronique Benz