Noël: une fête qui nous bouscule

Noël, pour beaucoup, est synonyme de partage, de repas en famille. D’autres ressentent de manière encore plus forte leur isolement, leur solitude. Relire à cette période le début de l’évangile selon saint Luc, et en particulier le chapitre deux, nous permet de remonter aux sources de cette fête: la naissance d’un Sauveur, Jésus, fils de Marie et fils du Très-Haut (cf. Luc 1, 32).

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Le moment de cette venue au monde est raconté sobrement: «Or, pendant qu’ils étaient (à Bethléem), le temps où (Marie) devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune» (Luc 2, 6-7). Cependant, ces versets décrivent une réalité surprenante: un enfant déposé dans une crèche, n’est-ce pas totalement inattendu? Et ce, d’autant plus qu’il sera qualifié de Sauveur par l’ange du Seigneur (cf. Luc 2, 11). Nous sommes bien loin du pouvoir impérial de César Auguste qui a décrété un recensement de tout l’empire romain. On peut voir dans l’ensemble du récit de Luc un appel à une conversion.

L’évangéliste nous donne à contempler la naissance discrète de Jésus dans le silence de la campagne de Bethléem et dans le dépouillement. Antidote à la tentation de l’agitation et à l’hyper-commercialisation de cette fête? L’absence de place dans la salle commune pour une femme sur le point d’accoucher et son époux nous interroge sur nos portes et nos cœurs fermés, sur nos excuses pour esquiver la rencontre avec celui ou celle qui vient nous bousculer dans notre confort personnel. La révélation faite aux bergers les met en route. Et ils trouvent Marie, Joseph et le nouveau-né, puis s’en repartent en chantant les louanges de Dieu. Invitation à se laisser déplacer par une parole qui vient d’ailleurs et à trouver ou retrouver la capacité de s’émerveiller devant les signes de la présence de Dieu au cœur du quotidien le plus routinier.

L’évangéliste Matthieu, quant à lui, nous empêche de tomber dans une vision bucolique de la naissance de Jésus. La figure du roi Hérode, menace pour la vie de l’enfant, rappelle que le mal n’est pas loin (cf. Matthieu 2, 13). La crèche pointe déjà vers la croix. Pourtant, notre foi et notre espérance s’appuient sur cette conviction que Dieu est plus fort que toutes les puissances de mort en nous et autour de nous. N’est-ce pas cela le salut? «Voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple: Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur.» (Luc 2, 10-11)

Barbara Francey

Images: DR