Un temps d'adaptation est nécessaire

Le dimanche de Pâques les francophones de Suisse romande en priant le Notre Père, ne dirons plus «Ne nous soumets pas à la tentation» mais «Ne nous laisse pas entrer en tentation.» Quels changements cette nouvelle version apportera-t-elle à nos liturgies? Réponses d’Emmanuel Pittet, responsable musical au Centre romand de pastorale liturgique.

Un temps d'adaptation est nécessaire

Par Emmanuel Pittet, responsable musical au Centre romand de pastorale liturgique

La nouvelle version du Notre Père découle du nouveau missel romain que nous attendons avec impatience et qui devrait, nous l’espérons, bientôt arriver. Le changement de formulation du Notre Père est une anticipation au nouveau missel romain que nous faisons ici dans la liturgie. Pour le nouveau missel romain, ce sont surtout des histoires de traduction: les oraisons ont été toutes retraduites, les prières eucharistiques ont également été revues. Par conséquent, c’est surtout pour le prêtre qu’il y aura plus de changements, pas vraiment pour les fidèles.

Nous aurons besoin d’un temps d'adaptation. Je l'ai vécu en France, au mois de janvier dernier, au début de la prière nous nous disions: «attention, ici nous prions déjà avec la nouvelle version» et une fois que nous arrivions au moment fatidique, nous avions déjà oublié. Mais il y a tout un esprit de communauté qui fait que nous sommes embarqués dans le mouvement. Les choses vont venir naturellement. C'est tout un processus d’apprentissage qu’il faut refaire. Cela va être un petit peu difficile au début, mais nous y arriverons.

Quels seront les effets pratiques de ce changement dans la liturgie?

C'est une question délicate. Nous connaissons bien les mélodies, donc le texte va venir tout seul. Si nous rajoutons quelque chose, ça peut devenir en effet compliqué. La prière récitée sera plus simple à intégrer, parce que tout le monde ne chante pas forcément. Puis par la suite, en ayant travaillé avec les chœurs, nous pourrons apporter justement ces nouvelles versions.
Au Centre romand de pastorale liturgique (CRPL) nous avons commencé à préparer les nouvelles traductions avec les nouvelles versions musicales des «Notre Père» qui sont dans le CNA (Chants notés de l’assemblée, carnet de chants que nous trouvons dans nos églises). Cela représente 4 «Notre Père», celui du missel romain bien sûr, deux autres de compositeurs qui sont décédés maintenant et un troisième de Rimski-Korsakov. C’est le plus connu, mais nous avons encore quelques soucis avec l'éditeur qui ne fait pas son travail pour nous donner une version définitive. Pour les autres, les éditeurs et les ayants droit ont fait leur travail. Il y a naturellement des droits d'auteur qui sont bien sûr en jeu aussi dans ce domaine. Pour les trois premières versions, le travail est fait: c’est-à-dire l'ajout d’une nouvelle syllabe en plus dans le texte et dans la musique du compositeur.

En Suisse nous n’avons pas eu vraiment, en tout cas à ma connaissance, de nouvelles versions du «Notre Père» de la part des compositeurs. Par contre en France, il y a eu une explosion de nouvelles compositions du «Notre Père».
Beaucoup de compositeurs on écrit de nouvelles compositions, d’autres ont corrigé ce qu'ils avaient déjà fait. En Suisse, pour l’instant nous avons très peu de nouveautés, voire pas du tout.

Le CRPL va, naturellement, sur son site internet proposer les nouvelles versions du «Notre Père» présentes dans le CNA. Je vous invite à aller sur notre site: http://www.crpl.ch/.

Bien choisir les chants pour animer une célébration

Pour bien choisir les chants pour animer une célébration, il est nécessaire de se fondre dans le temps liturgique. Les chants qui sont utilisés doivent être liés à un temps liturgique précis. Les chants doivent nous permettre de comprendre s’il s’agit d’une fête ou si nous sommes dans le temps liturgique X ou Y. Je trouve que c'est important de marquer ce genre de choses.
Le choix des chants et éminemment complexe parce que nous devons, et surtout dans le canton de Fribourg, faire attention à ce que la chorale ait toute sa place, et que l'assemblée puisse quand même participer. C’est toujours un subtil dosage qu'il faut avoir dans la liturgie. Surtout il ne faut pas oublier que la musique liturgique est profondément rituelle, c’est-à-dire que les chants s'insèrent dans l'action liturgique et que nous ne plaçons pas un chant parce que nous avons envie de le mettre ici ou parce qu'il est joli, ou parce qu'on a le temps… Les chants font vraiment partie de la liturgie.