Une Eglise fraternelle

Une centaine d’agents pastoraux (prêtres, diacres, laïcs) se sont retrouvés à Valpré près de Lyon du 13 au 16 février pour leur session de formation. Cette rencontre était le point culminant de la réflexion pastorale lancée, par Mgr Rémy Berchier, en automne 2016.

À l’automne dernier, une large enquête a été lancée pour réfléchir à l’avenir de l’Église qui est dans le canton de Fribourg. Les agents pastoraux ont pris connaissance des résultats de ce sondage réalisé par un groupe de travail ad hoc avec l’aide de Team Consult.
Il y a eu entre 1000 à 1500 réponses selon les questions, ce qui donne une marge d’erreur d’environ 3%. Ce qui est selon Team Consult tout à fait acceptable pour ce genre de sondage. M. Bonvin de Team Consult relève cependant que parmi les personnes qui ont participé au sondage les catholiques pratiquants sont surreprésentés. «Une donnée dont il faut tenir compte dans l’interprétation du sondage. L’enquête livre des pistes de réflexions, mais ne donne pas de solutions. Dans les résultats d’un sondage, on peut voir le verre à moitié vide ou le verre à moitié plein. Personnellement, j’ai trouvé la richesse des réponses enthousiasmantes.»

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Une Église sainte et pécheresse

Jean-François Mayer, membre du groupe de travail, fondateur et rédacteur en chef de Religioscope a donné aux agents son analyse personnelle du sondage. Il résume son propos dans une formule simple, mais parlante: «Une Église sainte et pécheresse». Selon l’historien, le sondage est positif. Il constate que même les personnes qui se disent éloignées de l’Église ne ferment pas complètement la porte de l’Église. Il cite quelques remarques: «Les personnes qui ont répondu au sondage souhaitent un message plus concret, plus actuel, des messes plus courtes. Elles ont le souci d’une Église qui parle aux jeunes. Elles estiment que les agents pastoraux devraient être plus à l’écoute de la vraie soif du peuple de Dieu. L’Église devrait être plus présente dans l’espace public. L’Évangile devrait davantage éclairer les préoccupations quotidiennes. À l’évocation de l’Église, les deux mots qui reviennent le plus souvent sont: Jésus-Christ et Dieu. Il n’y a pas un seul avis négatif sur le pape François dans le sondage.»
Jean-François Mayer relève que si l’action sociale est un élément de légitimation de l’Église dans la société, il faut se demander comment maintenir l’articulation entre initiative sociale et évangélisation, car les actions doivent découler d’expériences spirituelles. »

Les fidèles attendent le Christ

M. Mayer a replacé les résultats du sondage dans le contexte suisse. Un contexte qui est le fruit d’une rupture qui s’est produite en Europe occidentale dans les années 60, une rupture qui se joue également dans des évolutions sociales plus larges. «La part des catholiques romains a diminué ces dernières années. Selon un récent sondage, il n’y a que 37 % de la population qui se déclare catholique. Le paradoxe est qu’en chiffre absolu la population catholique est en croissance, et cela grâce aux migrants. Seulement 10 à 12 % des catholiques participent à un service religieux au moins une fois par semaine. Il y a, par conséquent, de nombreuses personnes non pratiquantes qui se considèrent comme plutôt religieuses. Un tiers des jeunes se considèrent comme plutôt religieux ou très religieux. Comment motiver cette population en marge?»

À l’ère de l’ego, l’historien nous propose quatre profils spirituels:
• 17,5 % sont des croyants institutionnels, fortement enracinées dans la foi chrétienne.
• 13,4% sont des fidèles alternatifs, avec une pratique holistique ou ésotérique.
• 57,4% sont distanciés de l’Église. La religion ne joue pas de rôle dans leur quotidien, mais ils y restent attachés par culture ou tradition. Ils sont à cheval entre deux options: la sécularisation ou retrouver la voix de l’Église.
• 11,7% des personnes sont des séculiers ou des athées.

«Nous devons montrer aux croyants institutionnels que leur engagement vaut la peine et essayer de convaincre les personnes distanciées que l’Église à quelque chose à leur apporter. La situation dans un canton comme le nôtre laisse encore beaucoup de possibilités ouvertes à l’évangélisation. La croyance totalement individualisée a ses limites.»                          

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La vie spirituelle selon le pape François

Le deuxième jour, les agents pastoraux ont pris le temps de réfléchir à leur relation au Christ. Pour les introduire dans la réflexion, l’abbé Nicolas Glasson a présenté la vie de prière et la vie spirituelle selon le pape François. «Premièrement, il faut se laisser regarder par le Christ. Il s’agit d’apprendre à le connaître pour savoir le reconnaître dans notre vie quotidienne. Pour apprendre à connaître le Seigneur, il est nécessaire de prendre le temps de rester en présence du Seigneur et de se laisser regarder par lui en toute humilité. Si nous sommes unis à Lui, nous pouvons porter du fruit. C’est cela la familiarité avec le Christ», relève l’abbé Glasson.
« Deuxièmement, prier c’est adorer Jésus-Christ. Adorer Jésus permet de retirer de notre cœur les autres choses que nous adorons. Il y a d’autres réalités plus consistantes que le Christ en moi. Nous adorons des réalités qui font partie de notre contexte de travail et de notre vie, ces réalités nous ne pouvons pas simplement les jeter. Mais dans l’acte d’adoration du Christ, ces réalités peuvent se décanter. Si je suis tendu vers Dieu j’arrive à mettre en perspectives ces réalités. Le pape nous enseigne que dans ce mouvement d’adoration le Christ prend le centre et nous décentre pour nous ouvrir à l’autre et aller à la rencontre de l’autre au nom du Christ.
Enfin, prier c’est suivre Jésus. «Le Christ nous enseigne à ne pas avoir peur de sortir de nos schémas pour suivre Dieu, car Dieu va toujours au-delà. Reprenant les expressions du pape, Nicolas Glasson relève qu’il ne faut pas avoir peur de sortir. « Jésus nous attend dans le cœur de ce frère, dans sa chair blessée, dans sa vie opprimée, dans son âme sans foi. Pour le pape il y a une forme de prière qui nous stimule particulièrement au don de nous-mêmes pour l’évangélisation et nous motive à chercher les autres: c’est la prière d’intercession.»

Ouvrir l’autre à la relation au Christ

«Quelle est ma relation au Christ? Comment est-ce que j’ouvre l’autre à la relation au Christ?» Ces questions étaient au centre du deuxième apport de l’abbé Nicolas Glasson. Dans son propos, l’abbé Glasson a essayé de cerner l’impact de la vie spirituelle sur le ministère et inversement celui du ministère sur la vie spirituelle.
«De manière générale dans l’Église: nous idéalisons beaucoup les séminaristes. Or, comme supérieur du séminaire, je constate que les candidats que nous recevons au séminaire sont le produit de la société dans laquelle nous vivons. Ils en ont toutes les caractéristiques. Nous pouvons avoir dans la tête de belles idées, de grands principes d’accompagnement, mais dans la pratique tout ne se règle pas par des principes généraux. Nous ne pouvons pas accompagner les futurs prêtres avec des principes. Les séminaristes contemporains me disent quelque chose de l’Église locale, le bain dans lequel grandissent ces vocations. Les Églises locales ne sont pas idéales.»
L’abbé Glasson reconnaît que la formation des séminaristes porte du fruit, pour le futur prêtre comme pour l’accompagnant, dans la mesure où il y a un franc réalisme dans la manière dont les choses se vivent.

La vie spirituelle, un monde réel

La vie spirituelle ne doit pas être un petit monde virtuel que nous avons tendance à nous construire. «C’est dans notre ministère que nous vivons notre spiritualité. Je vis spirituellement de mon ministère, car mon ministère est la réalité de mon existence humaine.»
Nicolas Glasson explique que la vie spirituelle est la rencontre du Christ avec mon humanité. Il relève la tentation de se chercher soi-même, plutôt que de chercher Dieu. « Quand on parle de spiritualité, il s’agit de la vie de l’esprit. L’Esprit du Christ qui embrasse notre esprit. Pour exister une spiritualité, doit progresser sinon elle perd toute sa consistance. L’esprit ne connaît pas une situation confortable, il est toujours en dynamique, s’il piétine c’est souvent qu’il régresse. Lorsque je veux atteindre un but, je fixe mon esprit sur ce but. La force est dans le but. Notre force spirituelle existe en fonction de la clarté du but que nous avons.

Une spiritualité incarnée

«Mon modèle d’humanité est Jésus-Christ. Personne n’a été aussi pleinement humain que lui car il a été le verbe de Dieu. Ma vie spirituelle, elle a pour but de m’incarner et de vivre pleinement mon incarnation humaine.» L’abbé Glasson nous invite à quitter l’homme ancien pour revêtir l’homme nouveau.
«L’homme ancien peut bien aller de réussite en réussite, mais il est déçu et s’attriste. L’homme ancien est celui qui n’atteint que son propre moi. L’homme ancien a besoin de flatteurs et d’admirateurs, de gens qui sont d’accord avec lui, des gens qui l’empêche de voir le néant vers lequel il va par ses propres forces. L’homme nouveau accepte et reçoit ses déceptions. Il apprend à prier avec son histoire et arrive à se faire l’ami de son histoire. Il arrive à aimer sa souffrance ou les difficultés auxquels il est confronté.»
Durant cette journée des ateliers et des temps de prière personnelle ont permis aux agents pastoraux de se recentrer sur le Christ, «car la source de nos engagements est notre lien au Christ!»                            

La mission dans la communauté ecclésiale

Vivre la mission était le programme de la troisième journée de la session pastorale. Le Frère Benoît-Dominique de La Soujeole, dominicain, a aidé les agents pastoraux à réfléchir à la manière de vivre la mission dans une communion ecclésiale. Qui sommes-nous? Dans quelle communauté nous inscrivons-nous? Quelle place avons-nous dans la communauté? Le Frère Benoît-Dominique constate que nous appartenons à la communauté chrétienne en raison d’une certaine identité, nous entrons pleinement dans l’Église par le baptême. Une identité donnée par le Christ qui se précise à l’âge adulte dans la place concrète que nous allons occuper, le service que nous allons rendre ou la vocation à laquelle nous allons répondre. «Tout cela converge dans le mot de disciples.»
« Dès que plusieurs personnes agissent, les relations seront harmonieuses si chacun est à sa place. Cette unité est donnée par une certaine forme d’amour qu’est la charité.
Le dominicain souligne que dans sa mission chacun déploie son activité propre, mais au service de tous. «L’œuvre précise est inséparable de l’œuvre du tout. Une relation à l’origine, celle au Christ, conditionne la relation au but.» Invitant les participants à relire dans l’Évangile, les passages où il y a un envoi, le Frère Benoît-Dominique cite le passage de Jean: «Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie.» (Jn 20, 21)

Disciples-missionnaires

«Le lien entre notre identité de disciple et de missionnaire est la communion dans le Christ.» Le dominicain souligne l’unité qu’il existe entre ces trois termes: disciples-envois-missionnaires.
«Dans toute communauté, la question fondamentale est la question de son unité. Il y a l’élément pluriel et l’élément unique. La relation entre les personnes dépend radicalement de leur unité. C’est leur unité qui préside à leur relation et à la qualité de leur relation. Pour saisir leur unité, il faut remonter à Dieu, Dieu est charité (Jn 1, 4). L’amour du Christ et de ses semblables est l’âme de tout. Tout ce qui peut me qualifier en plus, mes compétences techniques et théologiques ne sont rien si elles ne sont pas sous l’influence de l’agapé divine. Toutes nos qualifications sont une apparence sans fondement si elles ne sont pas marquées par la présence de Dieu en nous.»

Le Frère Benoît-Dominque de La Soujeole présente quelques caractéristiques de l’amour, révélées par le pape François.
Tout d’abord la bienveillance: «Il s’agit de toujours voir en premier le bien dans celui qu’il rencontre. La bienveillance est le levier, qui permet d’entrer en relation avec l’autre».
Ensuite la gratuité qui est une note fondamentale de l’amour. «L’amour considère les choses comme un don. La gratuité morale c’est ne pas compter, ne pas mesurer. La justice compte et mesure. Cette justice est nécessaire dans les rapports humains, nécessaire pour la clarté des choses, mais la charité est le plus. Sans elle les relations humaines perdent quelque chose d’humain. Il y a toujours une dimension de bénévolat dans nos engagements.»
Selon le Frère de La Soujeole, notre apostolat ainsi défini doit être accompli avec une certaine largesse. «La justice nous la voyons dans nos contrats de travail. Ce n’est pas mon contrat de travail qui va me dire comment l’exécuter. Être engagé à 80% ne signifie pas que nous allons aimer à 80%.»
Il souligne enfin la tendresse, la délicatesse et la patience: les relations humaines doivent être constamment christianisées. Il y a un certain nombre de vertus, par exemple les vertus de civilité nécessaires à la vie en communauté. Ces qualités de l’amour dessinent les qualités vraies d’une fraternité. À l’inverse, les jalousies, les oppositions, les ambitions procèdent d’une charité malade.

Engagement de foi et service

Le dominicain relève tout de même quelques ombres à ce tableau. «Le lien entre l’engagement personnel de foi et le service doit être régulièrement ravivé. Le croire ne saurait se limiter à la récitation du crédo. Le croire s’accomplit dans l’aimer. La qualité des disciples est une réalité vivante. Quel que soit notre état, nous devons raviver en nous le don de la foi.» Frère Benoît Dominique de La Soujeole constate que nous avons un complexe d’infériorité face à la culture sécularisée. «Nous sommes nécessairement confrontés à des situations qui nous demandent un certain courage d’être, des situations pas forcément agréables. Se mettre sur le dénominateur commun avec la culture signifie évacuer notre identité. Même en accomplissant le mieux possible notre mission, nous ne rencontrons pas toujours le succès. Les médias nous renvoient sans cesse les actes négatifs, une manifestation partielle de la réalité qui est trompeuse. Si nous ne voyons que les médias et leurs discours, nous finirons par renoncer à la mission ou à la continuer par routine.»
Une autre tentation est la mondanité spirituelle. «Notre engagement peut-être pesant, alors la tentation est de bâtir des stratégies pour avoir coûte que coûte un certain succès. Nous pouvons mettre ainsi sur pied des activités gratifiantes, en passant à côté de l’essentiel: le Christ. Il faut mettre une âme chrétienne dans nos actions. L’humanitaire chrétien ce n’est pas que de l’humanitaire c’est l’humanitaire du Dieu fait homme.»
Notre mission un pouvoir ou un service? « Le Christ envoie ses apôtres: ‘tout pouvoir m’a été donné sur le ciel et sur la terre’. Les disciples, quelle que soit leur place n’ont pas la plénitude de pouvoir. C’est le Christ qui a le pouvoir et qui me demande de l’exprimer. L’erreur morale est de fonctionner sur le mode du pouvoir. La caractéristique qui distinguera toujours le serviteur est la transparence.

Une harmonie

«La joie et la paix au sein de l’équipe pastorale sont des marques de la charité», précise le dominicain. « Le pape aime bien parler de l’harmonie profonde qu’il y a entre l’unité et la diversité. Dans la culture moderne, on parle plutôt d’équilibre, mais l’équilibre est différent de l’harmonie. Établir un équilibre suppose qu’il faut enlever un peu à l’un pour donner un peu à l’autre. Chacun n’est pas pleinement lui-même, il faut gérer ce qu’on va enlever à l’un pour donner à l’autre. Tandis que dans une relation harmonieuse, chacun est vraiment à sa place et pleinement lui-même. Au sein des équipes pastorales, il faut viser l’harmonie. C’est plus complexe, mais c’est viser la paix.»

La fraternité

Dans une deuxième conférence, le Frère Benoît-Dominique de La Soujeole a parlé de la fraternité entre les agents pastoraux comme lieu de cohérence. Il analyse le terme de disciples-missionnaires. « Le trait d’union entre discipline et missionnaire est la communion, l’union au Christ. Cette union qui est l’agir missionnaire a un nom propre qui est la charité, une de ces dérivées est la fraternité. La fraternité est une notion typiquement chrétienne. Une profonde originalité du christianisme est de présenter les enfants d’un même Père. Une dignité égale et par conséquent une relation égalitaire entre les personnes.
Bien que foncièrement égaux, nous n’avons pas dans la communauté la même place. Nous venons d’un monde civil rester longtemps hiérarchique et nous vivons dans une culture d’égalité qui réclame toujours plus ces droits. En termes d’harmonie, concilier ces deux choses signifie faire sa juste place à toute l’égalité et à toute la hiérarchie.

Le Frère Benoît-Dominique de La Soujeole constate que les débuts d’une communauté ont peu de structures. «Les débuts dépendent toujours d’une intuition fondatrice d’une ou plusieurs personnes. Les structures viennent lorsque la communauté grandit, on passe d’un schéma informel égalitaire, à une très grosse entreprise. Cette loi se vérifie d’une certaine façon pour la communauté chrétienne. En lisant les Actes des apôtres, nous remarquons que la première communauté chrétienne n’était pas très structurée. Elle se présente comme une fraternité, dont les initiateurs sont les 12 apôtres. Dès que la communauté grandit, on voit émerger la structure apostolique. La structure advient pour faire durer l’intuition originelle.»
Le dominicain souligne que si la structure intervient assez tôt au sein de la première communauté chrétienne, saint Paul dans ses lettres s’adresse aux chrétiens de Corinthe en les appelant «frères». «Il y a une différence entre la place de la fraternité et celle de la hiérarchie. La hiérarchie est dans la fraternité et elle ne la contredit pas. La structure est là pour assurer la pérennité de la transmission. Puisque la communauté chrétienne doit conserver son identité pour transmettre, il faut conserver quelque chose d’éternel puisque les hommes ne le sont pas. La succession personnelle est au service d’une continuité réelle. Ce qui est transmis, l’Évangile, n’est pas inerte, mais une réalité vivante, qui voit se déployer, montrer sa beauté et sa richesse dans le temps.»

Un retour aux sources

Pour le Frère Benoît-Dominique, le moteur de ce mouvement est l’Esprit saint, donné à la hiérarchie comme aux fidèles. «L’Esprit saint est une sorte de chef d’orchestre qui fait jouer dans un même ensemble, une même partition à des instruments différents. La première structure vivante dans la communauté chrétienne c’est la prédication apostolique qui nourrit et défend la foi. C’est une action constante de témoins.»
Une société qui a été chrétienne, mais qui ne l’est plus, est pour le dominicain un cas de figure pastorale sans aucun précédent historique. « Il n’y a pas de recette. Il faut écouter ce que dit l’Esprit.
Je ne peux pas réformer l’Église, mais il y a nécessité de réformes dans l’Église et ceci depuis le lendemain de la Pentecôte. Toute réforme dans la communauté chrétienne est d’abord un retour aux sources. »

Une égalité qualitative

«La fraternité est une égalité. Mais quelle égalité?» se questionne le Frère de La Soujeole. «Il y a l’égalité de mesure: deux réalités sont égales quand il y a entre elles ni de plus ni de moins. De ce point de vue, il n’y a pas d’égalité entre nous. Il y a également l’égalité qualitative qui touche la dignité humaine et baptismale. Que nous soyons hommes ou femmes, nous ne sommes pas moins humains. De même, nous ne sommes pas plus ou moins fils ou filles de Dieu. Nos manières d’agir s’appellent les unes les autres, car elles sont complémentaires. Cette complémentarité n’implique aucune supériorité de dignité.» Le dominicain relève toutefois qu’il y a une grande inégalité morale entre un saint et lui.
Selon le Frère de La Soujeole, la nature fraternelle de la communauté chrétienne se ressent lorsqu’elle est absente. «Le prochain est celui avec lequel nous pouvons partager une certaine intimité. Proximité au travail dans le même bureau, à la cure, sur le même terrain pastoral peuvent devenir des sources de conflits. C’est l’amour qui est en cause et la proximité. Ce qui fait notre fraternité est le fait que nous aimons et ce fait ne peut venir que d’en haut. Si nous sommes une fraternité, il faut chercher le père et nous allons le trouver par le Christ. C’est la qualité de notre relation au fils qui fait notre filiation.»
Le dominicain constate que les questions de structure et d’administration ne sont jamais les questions premières même si elles sont réelles. «Pour être réglées, elles demandent un agir fraternel. Les relations fraternelles devraient être le climat dans lequel baigne notre activité.»

Des pistes pastorales

Pour conclure son exposé, le Frère Benoît-Dominique relève quelques dangers pastoraux actuels. Tout d’abord, la question de la richesse. «En Occident, l’Église vit dans une situation relativement riche. L’Évangile condamne les mauvais riches. Nous pourrions nous sentir paralyser et ne pas oser prêcher toute une partie de l’Évangile. Mais alors ma parole ne serait plus crédible. Notre richesse matérielle comporte toujours un risque. Acceptons de le gérer. Si nous sommes riches, ne soyons pas de mauvais riches. Reprenons la valeur de la pauvreté de la première béatitude.»
Deuxième danger, la sécularisation des esprits. «Notre engagement pastoral peut être un job comme les autres. Nous devons nous rappeler la finalité de notre engagement. Il faut lutter pour ne pas le rétrograder à un simple travail. Sachons préférer le don au dû, l’amour à la justice. C’est cela le vrai moteur dans lequel tout cela s’accomplit.»
Le dernier danger est la pression du monde médiatique. «Les nouveaux modes de communication induisent dans nos fonctionnements des modes d’être et d’agir qui doivent être maîtrisés: rapidité, impatience, etc.»

En présence de leur évêque, les agents pastoraux ont pris le temps de se recentrer sur le Christ, de renforcer la fraternité entre eux. Conférences et ateliers leur ont permis de dégager des pistes pastorales. Ces dernières doivent encore être affinées et précisées. Elles seront retravaillées notamment par le groupe de travail et par les agents pastoraux lors d’une prochaine rencontre.
Cette réflexion pastorale se clôturera par la mise en place d’orientations pastorales pour le canton de Fribourg. Ces orientations seront confiées au peuple de Dieu par Mgr Charles Morerod le 4 juin prochain, fête de la Pentecôte, lors de la messe de 20h30 à la cathédrale Saint-Nicolas à Fribourg.

Texte et photos Véronique Benz

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Intervenants de la session:

Team Consult
Entreprise suisse et européenne de conseil en management, Team Consult a été fondée à Zürich en 1977. Ses domaines d’action, sa longévité, la nature de ses mandats et initiatives en font une société de conseil originale. Depuis ses bureaux en Suisse et en Allemagne, Team Consult sert une clientèle publique et privée, suisse et européenne.

Jean-François Mayer
Né à Fribourg, Jean-François Mayer a obtenu un doctorat en histoire et civilisations à l'Université de Lyon en 1984. En 1985-1986, il a collaboré à temps partiel à Radio Suisse Internationale. Puis, de 1987 à 1990, il a été responsable d'un important projet de recherche dans le cadre du Fonds national suisse de la recherche scientifique. De 1991 à 1998, Jean-François Mayer a travaillé comme analyste sur les affaires internationales et stratégiques pour le gouvernement fédéral suisse. Jean-François Mayer a enseigné à l'Université de Fribourg de 1999 à 2007. Il a fondé en août 1999 un cabinet d'études stratégiques.
De 2006 à 2010, Jean-François Mayer a été conseiller scientifique du projet "Religion et politique” accueilli par l'Institut universitaire de hautes études internationales et du développement (Genève).
En 2007, il a fondé l'Institut Religioscope. Dans ce cadre, il est rédacteur en chef de Religioscope, site indépendant et bilingue qui offre des informations et études sur le rôle et la place des religions dans le monde actuel, qui a vu le jour en 2002. Il est également rédacteur associé de Religion Watch, une lettre d'information sur les tendances religieuses contemporaines.

L'abbé Nicolas Glasson
Nicolas Glasson est né à Bulle. Après des études en théologie à l'Université de Fribourg, il est ordonné prêtre en 2000. De 1999 à 2003, il est diacre, puis vicaire dans la paroisse de Planfayon. Il obtient son doctorat en théologie en 2007, année durant laquelle il est nommé supérieur du séminaire du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Il est nommé vicaire épiscopal pour la partie germanophone du canton de Fribourg par Mgr Morerod en mai 2012. Depuis septembre 2015, il est vicaire épiscopal pour la culture de l’appel, les vocations et la formation des séminaristes.

Frère Benoît-Dominique de La Soujeole
Le Frère Benoît-Dominique de La Soujeole est né à Toulouse. Après avoir exercé la fonction de juge d’instruction, il entre chez les dominicains de la Province de Toulouse en 1984. Ordonné prêtre en 1989, il acquiert un doctorat en théologie à Fribourg (Suisse) en 1997. Il est depuis 1992 membre du comité de rédaction de la Revue thomiste de philosophie et de théologie des dominicains de Toulouse et depuis 1999 titulaire de la seconde chaire de théologie dogmatique (Église et sacrements) de la Faculté de Fribourg. Il a été nommé en 2007, consulteur de la Congrégation des religieux à Rome. Il est prieur du couvent saint Albert le Grand à Fribourg (Albertinum).
Outre les articles scientifiques parus dans la Revue thomiste sur diverses questions ecclésiologiques et de théologie sacramentaire, le Frère Benoît-Dominque de La Soujeole a notamment publié un traité d’ecclésiologie (Introduction au mystère de l’Église, Parole et Silence, 2006), un traité de théologie mariale (Initiation à la théologie mariale, Parole et Silence, 2007), et un essai de spiritualité sacerdotale (Prêtre du Seigneur dans son Église, Parole et Silence, 2009).