Dans les paroisses

L’espérance face aux crises

Où puiser des raisons d’espérer encore, envers et contre tout ? L’ensemble du dynamisme évangélique s’inscrit dans cette perspective de « résilience spirituelle ». Dieu fait tout concou-rir au bien de ceux qui l’aiment, affirme Paul (Romains 8, 28). Le mystère pascal de mort et de résurrection du Christ a des retombées sur les crises que nous traversons. Soyons dans la joie et l’espérance, avec le pape François : le meilleur est à venir.

Un moment décisif

Le terme « crise », du grec krinô juger, veut dire « moment décisif où prendre des options fondamentales ». Dans les diverses crises que nous expérimentons, sanitaire, écologique, économique, affective, ecclésiale, le paradoxe du mystère pascal se manifeste en une trajectoire qui se rapproche de la dynamique de la résilience. En effet, c’est au moment où nous sommes contraints d’abandonner une réalité qui nous est chère (liberté de mouvement, santé, biens, profession, activité sportive ou musicale, amitié ou amour, fonctionnement pastoral) que nous découvrons au plus profond de nous-mêmes cette énergie de l’Esprit Saint qui nous permet de surmonter l’épreuve, de voir les éléments sous un jour nouveau, de dévoiler les dimensions les plus essentielles de notre être, auparavant cachées mais que notre vulnérabilité assumée nous donne de manifester.

L’énergie de l’Esprit

L’action « théologale » de l’Esprit active en nous les puissances de notre cœur profond, telles les capacités de rebondir et de vivre, plutôt que de simplement « survivre ». Elle les travaille de l’intérieur, leur donnant de se tourner vers la Transcendance.

Le paradoxe du mystère pascal se manifeste en une trajectoire qui se rapproche de la dynamique de la résilience. Dans l’Esprit, “c’est quand je suis faible que je suis fort”.

Pour cela, il convient de nous exposer à l’Esprit dans la prière silencieuse, dans l’adoration et la lecture de la Parole. Peut-être que la privation des eucharisties paroissiales, en période de pandémie, nous a conduits à développer de nouvelles formes de liturgies familiales et domestiques ou à prendre davantage de temps pour la méditation en présence du Seigneur. Continuons donc de les pratiquer !

Le don de nous-mêmes

C’est en acquiesçant à la vulnérabilité que nous laissons agir le Christ en nous.

Modifier son emploi, perdre un proche, renoncer à son couple, est certes rude. Néanmois cela peut constituer étonnamment la possibilité de trouver un élan revigoré dans une occupation nouvelle, avec d’autres connaissances ou par la recomposition d’une famille. Cela implique cependant de nous donner totalement dans cette situation inédite. C’est paradoxalement en allant jusqu’à l’offrande de lui-même sur la croix que le Fils de Dieu est entré dans la vie en plénitude. En livrant son existence par amour, il met à mort la mort et libère toute vie en abondance. C’est la « résilience » par excellence et celle-ci s’ouvre à la Résurrection, c’est-à-dire à la vie qui ne finit pas, sur les rives du Paradis. Comme le grain de blé mis en terre, « il faut mourir pour vivre » (cf. Jean 12, 26) !

La contemplation du Christ, en prenant notre croix et en plaçant nos pas dans les siens, débouche sur un surcroît d’espérance, dès maintenant : par notre baptême, nous sommes déjà ressuscités et nous pouvons mener une vie nouvelle (cf. Romains 6, 4). C’est de cette « vie vivante » que l’Eglise est porteuse et qu’elle est toujours davantage appelée à transmettre. Sinon elle ne « sert » plus à rien.

Un retournement

Prière en famille, oraison, lecture de l’Ecriture, sacrements, suite du Christ, vie en Eglise : il est souhaitable de puiser au trésor de notre tradition, afin de trouver des ressources insoupçonnées pour notre conversion. Car il convient de laisser tomber la carapace de ce qui est limité, ter-restre et fini en nous, afin de parvenir à nous ouvrir à ce qui est illimité, incorruptible et infini en notre être intérieur. Théologiquement, l’apôtre des nations parle de passage du « psychique » au « surnaturel » (1 Corinthiens 15, 44). Spirituellement, c’est la transition de l’éphémère au définitif. Existentiellement, c’est l’abandon de notre pesanteur charnelle, avec ses étroitesses, afin de révéler notre être renouvelé, capable de bienveillance et de compassion.

La fraternité sociale, dont parle vigoureusement l’encyclique Fratelli tutti […] s’avère indispensable.

Avec la création

Notre planète elle-même, que nous vio-lentons par nos excès, « gémit dans les douleurs de l’enfantement. Elle attend la révélation des fils de Dieu » (Romains 8, 19-22). Nous sommes solidaires avec elle. C’est comme si l’Ecriture nous criait : soignez la création que le Seigneur vous a confiée, tout n’est pas perdu, ce sont des cieux nouveaux et une nouvelle terre qui vous sont promis (Apocalypse 21, 1) ! L’histoire humaine a un sens, une direc-tion. La Parole les révèle (apokalyptô, dévoilement) !

A cet égard, la fraternité sociale, dont parle vigoureusement l’encyclique Fratelli tutti, au niveau local, avec nos voisins du quartier, du village ou les membres des groupes dont nous faisons partie, comme sur le plan global avec les frères et sœurs en humanité, s’avère indispensable. Pour établir une « ligne de cœur » ecclésiale et spirituelle à l’écoute les uns des autres, dans la quête de sens et de bien commun qui nous préoccupe tous.

A la base de tout mouvement pascal d’espérance, se situe l’acceptation de notre fragilité. C’est ce qu’exprime la parole puissante du lutteur Paul : « C’est quand je suis faible que je suis fort » (2 Corinthiens 12, 10). C’est quand j’acquiesce à ma vulnérabilité et ma détresse que je laisse agir le Christ en moi. C’est l’« Evangile de la fragilité » : prendre conscience que seul, je ne puis rien, m’amène à ne plus tabler que sur la grâce. Alors l’Esprit me remet debout et me re-suscite.

Au bout de la nuit, de l’hiver, du trépas, il n’y a pas les ténèbres, le froid, le néant, mais la lumière, le printemps, la vie. C’est la loi de la nature, de la résilience et du mystère pascal.

Energie : un terme chrétien

« Au cœur de ce monde, le souffle de l’Esprit met à l’œuvre aujourd’hui des énergies nouvelles », chante le cantique de Jacques Berthier.

Le mot « énergie », mis à toutes les sauces « New Age » ou orientales, est en réalité un grand terme de la tradition chrétienne, déjà depuis les Pères de l’Eglise. Il signifie en grec (en-ergon), le travail à l’intérieur de nous-mêmes, l’activité de la grâce, capable de nous transformer et de déployer à la fine pointe de notre âme nos potentialités les plus propres. Employons-le donc !

Par François-Xavier Amherdt, dans l’édition de février-mars 2022 de l’Essentiel de l’Unité Pastoral Notre-Dame de la Brillaz