La basilique Notre-Dame est la plus ancienne église de la ville de Fribourg
encore debout aujourd’hui. Son histoire est liée à l’ancien hôpital des Bourgeois et elle est aujourd’hui le lieu de culte de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre à Fribourg.
Avant d’être une basilique, Notre-Dame est dès le XIIIe siècle la chapelle de l’hôpital des Bourgeois qui se situe alors en face, sur l’actuelle Place des Ormeaux. La construction de l’édifice débute en 1201 si l’on en croit la mention figurant sur le pan axial du chevet. Quant à l’hôpital des Bourgeois, mentionné dès 1248, il témoigne de la volonté des bourgeois de la ville de fonder une oeuvre caritative pour les personnes dans le besoin telles que les personnes âgées, les malades ou encore les enfants abandonnés.
Notre-Dame est édifiée dès l’origine aux dimensions actuelles (44 m. de longueur pour 19 m. de largeur), les modifications des siècles suivants concernant principalement les toitures et les éléments décoratifs intérieurs et extérieurs. Les fouilles archéologiques ont mis en évidence des dalles funéraires et en particulier le gisant armuré de Pierre Dives, membre du Petit Conseil de la ville de Fribourg en 1264 et recteur de l’hôpital en 1283 et 1285. Dans les siècles suivants, l’hôpital connaît la prospérité et accumule une grande fortune grâce aux dons et aux revenus immobiliers.
Il dépend des autorités de la ville qui en assurent la gestion. C’est à Notre-Dame qu’en 1582, quelques mois après son arrivée à Fribourg, saint Pierre Canisius érige la Confrérie dite de l’Assomption ou Congrégation mariale de Fribourg, qui est toujours bien vivante aujourd’hui.
Collégiale puis basilique Au XVIIe siècle, les prêtres de Notre-Dame, réunis en collège, s’arrogent le titre de chanoines. Notre-Dame devient alors une collégiale, mais demeure le lieu des célébrations religieuses de l’hôpital des Bourgeois. À la fin du siècle toutefois, l’hôpital est transféré dans le quartier des Places, à l’actuelle rue de l’Hôpital, dans un bâtiment qui dispose de sa propre chapelle (rotonde édifiée de 1681 à 1698).
Notre-Dame est ensuite fréquentée par des fidèles, corporations, confréries religieuses ou familles bourgeoises. En 1728, le pape Benoît XIII affilie le clergé de Notre-Dame à la basilique majeure du Latran. L’administration de l’hôpital, n’utilisant plus l’édifice, envisage alors sa démolition. En 1785, le clergé de Notre-Dame se lance dans une restauration grâce au legs d’Antoine von der Weid. Une façade néoclassique à deux registres est alors réalisée et l’intérieur est réaménagé dans le style Louis XVI.
Au cours du XIXe siècle, l’édifice est à nouveau en mauvais état et sa démolition est une nouvelle fois évoquée. Là encore, le clergé assume tous les frais des travaux, ce qui permet à Notre-Dame de se maintenir. En 1853-1854, le frontispice et le portail latéral sont reconstruits. Notre-Dame reste à la charge du Grand hôpital jusqu’en 1884, année où elle passe en mains de l’évêché. En 1932, à la suite d’une demande de Mgr Marius Besson au pape Pie XI, Notre-Dame est élevée au rang de basilique mineure. Elle reçoit alors les deux insignes propres aux basiliques : l’ombrelle (avec les armes du pape Pie XI et de Mgr Besson) et la clochette ou tintinabulum (servant à l’origine à annoncer la venue du pape lors des processions).
La Fondation Notre-Dame et la Fraternité Saint-Pierre En 1968, l’évêché cède Notre-Dame à la Fondation de la basilique Notre-Dame. Cette dernière entame une longue campagne de restauration avec la reconstitution de la flèche originale du clocher. Une restauration générale de l’édifice s’ensuit entre 1994 et 2011.
En 2012, Mgr Charles Morerod confie la charge pastorale de la basilique à la Fraternité Saint-Pierre. Société cléricale de vie apostolique et de droit pontifical, cette fraternité est caractérisée par son attachement au rite tridentin (ou «forme extraordinaire» du rite romain), également appelée «messe traditionnelle», célébrée selon le missel de 1962, en latin et ad orientem, c’est-à-dire le prêtre tourné vers l’autel. Elle a été fondée en 1988 en l’abbaye d’Hauterive par douze prêtres ayant quitté la Fraternité Saint-Pie X à la suite de l’excommunication de Mgr Marcel Lefebvre. La Fraternité Saint-Pierre insiste sur son attachement indéfectible au pape. Elle a d’ailleurs reçu de Rome le droit d’utiliser les livres liturgiques antérieurs à Vatican II.
À Fribourg, entre 1987 et 2011, la messe tridentine a été célébrée dans plusieurs lieux de culte (les chapelles des Ursulines, de Saint-Joseph de Cluny et du Collège Saint-Michel). En 2012, alors que la Fraternité recherche un lieu de culte de taille adaptée et offrant la possibilité de célébrer en semaine, Mgr Morerod, nouvellement nommé, est en quête d’un projet pastoral pour Notre-Dame, desservie alors par les chanoines de la cathédrale. Les intentions des deux parties sont alignées et la basilique est confiée par l’évêché à la Fraternité.
Notre-Dame aujourd’hui Le projet pastoral de la Fraternité Saint-Pierre se poursuit de nos jours avec des messes et des permanences de confessions quotidiennes, des activités pastorales diverses pour les fidèles réguliers, ainsi qu’une dévotion mariale marquée par des processions et prières dans le cadre de la Congrégation mariale. Le recteur de la basilique, l’abbé Arnaud Evrat, collabore de manière étroite avec le décanat et la région diocésaine.
N’ayant pas le statut de paroisse, la basilique fonctionne grâce aux dons des fidèles, aux aides du bureau interparoissial et au bénévolat de nombreuses personnes. Actuellement, le grand projet qui occupe l’Association des amis de la basilique est l’installation d’un nouvel orgue qui doit à la fois servir la liturgie et respecter l’histoire et l’architecture de l’édifice. Il devrait être installé courant 2027 sur la tribune.
Par Sébastien Demichel Photos: Arnaud Evrat, Sébastien Demichel
Article tiré de L’Essentiel UP Décanat de Fribourg, mai-juin 2026
Bibliographie
Bourgarel, Gilles, «La basilique Notre-Dame: vingt ans pour lui redonner son lustre et mieux la connaître », Cahiers d’archéologie fribourgeoise, 13, 2011, pp. 206-211.
Hamiche, Daniel, Fraternité Sainte[i.e. Saint]-Pierre : le dynamisme de la tradition, Paris, Homme nouveau, 2007.
Lauper, Aloys, « La reconstructionde la façade de la basilique Notre-Dame en 1853 », Patrimoine fribourgeois, 1, 1992, pp. 30-35.
Zwick, Pierre, « Le patrimoine héraldiquede la Basilique Notre-Dame de Fribourg », Archives héraldiques suisses, 129, 2015, pp. 88-104.