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Les spiritains à Fribourg

Cet article se penche sur la communauté des spiritains dont la présence à Fribourg remonte à plus de 100 ans. Cette congrégation, sise à la rue du Botzet 18, est étroitement liée à l’activité missionnaire.

La Congrégation du Saint-Esprit remonte au tout début du XVIIIe siècle lorsqu’un jeune étudiant de 25 ans issu d’un milieu
aisé, Claude-François Poullart des Places, décide de créer une petite communauté consacrée au Saint-Esprit sous la protection
de la Vierge Marie. La fondation proprement dite a lieu à la Pentecôte 1703 dans une église du quartier latin de Paris.
L’intention de Poullart des Places est de former des prêtres au service des missions délaissées. En 1705, il rédige les règles de
la nouvelle communauté du Saint-Esprit et est ordonné prêtre deux ans plus tard.

La communauté vit essentiellement d’aumônes et allie formation intellectuelle, spirituelle et une accessibilité aux étudiants
pauvres. L’enseignement reçu est ensuite approfondi au séminaire. Lors de l’hiver glacial de 1709, Poullart des Places contracte
une pleurésie ainsi qu’une sévère fièvre qui l’emportent alors qu’il a tout juste 30 ans. La disparition du fondateur ne ralentit pas
le développement de la communauté et le séminaire spiritain demeure bien fréquenté.

Dès 1732, les spiritains se lancent dans une activité missionnaire qui deviendra indissociable de la congrégation. Certains se rendent en Extrême-Orient et aux Amériques, tandis que ceux qui restent en France se mettent au service des diocèses. En 1792, à la suite de la Révolution française, tous les ordres religieux sont supprimés. Le séminaire du Saint-Esprit est alors évacué et son immeuble est confisqué. Les spiritains se dispersent.

La seconde fondation de la congrégation
Près de 150 ans après Poullart des Places, le Père François Libermann, juif converti, fonde en 1841 avec deux condisciples la Société du Saint-Coeur de Marie afin d’évangéliser l’Afrique subsaharienne. Il y envoie des missionnaires dans de nombreux pays. Cette mission se place dans le contexte de l’abolition de l’esclavage et de l’ouverture des voies de l’émancipation à ces populations. En 1848, la nouvelle Société du Saint-Coeur de Marie fusionne avec la Congrégation du Saint-Esprit qui avait de la peine à se relever de la tourmente révolutionnaire. Le Père Libermann est élu 11e supérieur général de la Congrégation du Saint-Esprit sous la protection
du Coeur immaculé de Marie. Il décède 4 ans plus tard en 1852.

Entre les années 1850 et les années 1880, la congrégation renforce sa dimension internationale. Cette période correspond au généralat du Père Ignace Schwindenhammer. En plus de nouvelles missions en Afrique, des oeuvres d’éducation sont ouvertes en Europe (Irlande, Allemagne, Portugal), aux États-Unis, à Haïti et en Martinique, à tel point qu’en 1880 la congrégation compte un total de 75 établissements éducatifs dans le monde.

L’ancienne Maison générale, à la rue du Botzet 9.

L’arrivée à Fribourg
À l’instar des marianistes, les spiritains sont frappés de plein fouet par la politique anticléricale en vigueur dans la France du tournant du XXe siècle. En 1904, la Loi Combes interdit l’enseignement aux congrégations religieuses et valide la confiscation de leurs biens. Les spiritains considèrent alors l’exil comme l’unique issue envisageable et se tournent vers Fribourg pour poursuivre leur mission. Ils s’y établissent en 1904 dans une maison qu’ils achètent aux soeurs de Saint-Paul à la rue du Botzet 9 et y transfèrent la gestion de leur patrimoine. En 1905-1906, le Séminaire des Missions est construit au Botzet 18 à l’initiative de Mgr Le Roy, alors
supérieur général. Ce dernier accorde une importance particulière à la bonne formation des missionnaires avant de les envoyer à l’étranger.

Les années 1910-1920 sont assez difficiles. Le séminaire accueille des spiritains de divers pays, mais la Première Guerre mondiale
et les soucis financiers aboutissent à un sous-emploi de la maison au début des années 1920. Une réorganisation s’opère en 1930-1931. L’École des Missions, alors à Saint-Maurice, est transférée à Fribourg à la rue du Botzet 18, tandis que les services de la Maison générale sont fixés au Botzet 9. Le Père Bondallaz est nommé comme nouveau supérieur et l’école connaît une croissance importante.

De nos jours
La Congrégation du Saint-Esprit passe de 1’400 membres en 1908 à 5’000 en 1962. Au Concile Vatican II, on dénombre 49 évêques
spiritains parmi lesquels le supérieur général de la congrégation Marcel Lefebvre. Ce dernier rejette les concessions faites par
le Concile au monde moderne et quitte la congrégation. Avec son successeur le Père Lécuyer, l’aggiornamento (littéralement la
« mise à jour » opérée par l’Église catholique lors du Concile) se réalise au niveau de la congrégation. À partir de 1968, les 128 spiritains suisses forment une province autonome (ils dépendaient auparavant de la Province de France).

À la fin du XXe siècle, la Congrégation du Saint-Esprit se développe en Afrique, en Amérique latine et dans l’Océan Indien. En 2016, le pape François nomme deux cardinaux spiritains issus des périphéries : Mgr Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui en République centrafricaine, et Mgr Maurice Piat, archevêque de Port-Louis, à l’île Maurice.

À Fribourg, le centième anniversaire de l’arrivée des spiritains dans notre ville est célébré en 2004. Le Séminaire des Missions remplit aujourd’hui principalement la fonction de lieu d’accueil et de pied-à-terre pour les frères retraités, malades, en congé ou actifs dans la pastorale locale. Une partie des bâtiments du Botzet est louée à des médecins et psychologues.

Par Sébastien Demichel
Photos: Arnaud Evrat, Sébastien Demichel

Article tiré de L’Essentiel  UP Décanat de Fribourg, septembre-octobre 2026

Bibliographie

  • Carrard, Joseph, « Histoire des spiritains en Suisse », in Mémoire spiritaine, 7, 1998, pp. 44-73.
  • https://www.spiritains.org/qui-sommesnous/notre-histoire/
  • https://spiritains.ch/les-communautes/
    le-seminaire-des-missions/