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L’islam et le christianisme face au culte de l’argent

L’argent est un thème qui est abordé par toutes les religions. Il fait l’objet d’interdit et d’enseignement éthique. Jean-Marie Brandt et Mostafa Brahami ont débattu de l’attitude des religions face au culte de l’argent le 10 novembre 2022, à la salle paroissiale Saint-Pierre à Fribourg.

Dans l’Islam il est notamment dit « La richesse ne se constitue pas dans l’abondance des biens, la vraie richesse est celle de l’âme ». Dans la Bible nous lisons « Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent. »

« En soi aimer les biens ne pose pas de problèmes », souligne Mostafa Brahami. Les biens sont un don de Dieu, mais les biens que nous avons, vont-ils devenir des biens que nous allons adorer ? » L’islam comme le christianisme mettent en garde contre l’amour de l’argent et l’idolâtrie. Pour le professeur musulman tout comme pour Jean-Marie Brandt l’argent n’est pas un problème en soi, l’argent n’est qu’un moyen. Ce qui pose problème c’est la manière dont nous l’acquerrons et dont nous nous en servons. Gagnons-nous notre argent de manière licite, éthique et morale ? L’utilisons-nous de façon responsable et juste ? Voilà des questions que tous les chrétiens et les musulmans sont appelés à se poser. Cependant le cadre change passablement selon la religion à laquelle nous appartenons. Par exemple, comme pour un musulman consommer de l’alcool n’est pas permis, gagner de l’argent en vendant du vin est illicite. Par contre, même si l’abus d’alcool est immoral pour un chrétien, être vigneron n’est pas un péché.

Le problème n’est pas l’argent, mais la manière dont nous l’acquerrons et dont nous nous en servons.

Le libre arbitre

« Dieu nous a créés libre, libre de choisir entre le bien et le mal. Dans notre économie libérale, c’est notre libre arbitre qui est en jeu », relève Jean-Marie Brandt. « Notre attitude face à l’argent dépend d’abord de notre responsabilité individuelle. »

Mostafa Brahami se demande : « Dans la société dans laquelle nous vivons le libre arbitre est-il encore possible ? L’incitation à la croissance coûte que coûte, à la consommation effrénée ne nous conduit-elle pas à un culte de l’argent ? » Le professeur Brahmi estime qu’il peut y avoir un culte de l’argent lorsque celui-ci est détourné de son but premier.

Selon Monsieur Brandt la croissance est citée de manière implicite de nombreuses fois dans la Bible. « Notre économie de marché est a-éthique, je suis pour une croissance qualitative dans le respect des ressources et d’abord des ressources humaines. »

Dans la société dans laquelle nous vivons le libre arbitre est-il encore possible ? L’incitation à la croissance coûte que coûte, à la consommation effrénée ne nous conduit-elle pas à un culte de l’argent ? 

Une vision systémique

La mondialisation a atteint ses limites. Les signes que nous voyons aujourd’hui sont là pour nous aider à nous remettre en question », constate Jean-Marie Brandt.

Selon Mostafa Brahami, durant plusieurs siècles, l’intellect occidental était basé sur le cartésianisme. « Depuis plus de 50 ans, nous savons que le cartésianisme ne fonctionne pas. Il y a des interactions entre les différents éléments. Il faut penser la vie comme un système. Or le capitalisme actuel ne tient pas compte des impacts systémiques. Il veut le plus grand profit à court terme », remarque le professeur d’économie. « Nous sommes tous dépendants les uns des autres, nous vivons dans le même écosystème », reconnaît Monsieur Brandt. Les deux conférenciers insistent sur le fait qu’il est urgent de nous engager pour sauvegarder le monde dans lequel nous vivons. Un des moyens proposés est l’éducation. « Il faut éduquer à la consommation, signale Mostafa Brahami, car la possession qui va jusqu’à la démesure conduit à la tyrannie et à la tentation du totalitarisme. » Finalement l’économie est un instrument au service de la société. L’économie veut-elle tout diriger ? « Non, répond, Jean-Marie Brandt, l’économie selon son étymologie c’est la gestion de la maison, c’est apprendre à se gérer soi-même et apprendre à gérer notre maison commune la Terre. C’est la finance internationale qui est néfaste et qui doit être endiguée. Il faut également surmonter notre individualisme qui fait passer les intérêts personnels avant le bien commun. 

Cette conférence était organisée par le Conseil des Églises réformée et catholique du canton de Fribourg et l’Union des associations musulmanes de Fribourg dans le cadre de la Semaine des religions qui a eu lieu dans toute la Suisse du 5 au 13 novembre 2022.

Jean-Marie Brandt

Né le 20 mars 1946 à Genève de parents neuchâtelois, est un essayiste, enseignant à l’Université populaire de Lausanne (Suisse), formateur au Service de formation des laïcs de l’Église catholique du canton de Vaud (Suisse) à Connaissance 3, conseiller indépendant, ancien directeur général de banque et ancien chef de l’Administration cantonale des Impôts du canton de Vaud.

Mostafa Brahami

Auteur de plusieurs livres axés sur la culture, l’éthique et le droit musulman. Il est né en 1952 à Tlemcen en Algérie où il enseigna la physique à l’université durant une vingtaine d’années. Arrivé en Suisse en 1993, il obtint son doctorat en Sciences économiques à l’Université de Lausanne en 2003. Il enseigna l’économie et le droit suisse jusqu’à fin 2018. Ses principaux ouvrages traitent du droit musulman, des écoles juridiques musulmanes et leurs fondateurs, des rites funéraires et de l’accompagnement, des conditions d’adaptation des musulmans en situation de minorités. Il participe également au dialogue interreligieux dans les cantons de Vaud, Valais et Genève.